Leishmania infantum, agent de la leishmaniose

Leishmanies au microscope
Leishmanies, agents de la leishmaniose, en microscopie après coloration.
 

Le parasite

En Europe, la leishmaniose générale du chien est causée par le protozoaire flagellé Leishmania infantum. Les vecteurs de ce parasite sont de petits diptères du genre Phlebotomus (voir les phlébotomes).

Le chien est l’hôte principal de L. infantum. Cependant, le parasite a également été isolé chez de nombreux autres mammifères, en particulier l’Homme, plusieurs espèces de rongeurs comme le rat et l’écureuil, le cheval, les bovins, la chèvre, le mouton, le chat et plusieurs Canidés sauvages tels le renard, le loup et le chacal. Seul le chien (et peut-être les Canidés sauvages) constitue une source démontrée de parasites pour les vecteurs. Ce n’est pas le cas pour l’homme et ce n’est pas démontré pour le chat.

Les phlébotomes sont largement répandus en région méditerranéenne, en Afrique et au Moyen-Orient. Certaines espèces sont également adaptées aux climats tropicaux et subtropicaux ou même arides. En France, les deux espèces vectrices de L. infantum sont P. perniciosus et P. ariasi. Certaines espèces comme P. perniciosus peuvent en outre être retrouvées jusqu’au nord de la France, et localement dans le sud de l’Allemagne ou le sud de la Suisse.

Biologie et transmission

Les leishmanies sont observées et se multiplient sous 2 formes différentes : le stade amastigote (flagelle invaginé peu visible) intracellulaire dans les cellules des hôtes vertébrés et le stade promastigote (flagelle libre visible) extracellulaire dans le tube digestif des phlébotomes (et après mise en culture au laboratoire).

Cycle de la leishmaniose

Cycle de vie des parasites du genre Leishmania

Les leishmanies sont transmises à leurs hôtes vertébrés par les femelles de plusieurs espèces de phlébotomes, lors du repas de sang sur ces hôtes. L’activité du vecteur est maximale à la tombée du jour et à des températures minimales de 18 - 22°C. Aucun autre arthropode n’est impliqué dans la transmission naturelle de la leishmaniose. Le développement du parasite chez le vecteur dépend de la température ambiante : il nécessite 7 à 14 jours à 18 °C minimum.

La transmission verticale de la chienne aux chiots ainsi que par transfusion et accouplement est démontrée ; la transmission par morsure est suspectée. En zone d’enzootie, ces modes de transmission demeurent sans doute minoritaires (par rapport à la transmission vectorielle).

Certaines races de chien ont développé une résistance à la maladie (par exemple une race des îles Baléares), alors que certaines races semblent plus sensibles (Bergers allemands, Rottweillers et Boxers). Aucune différence significative de sensibilité n’a cependant été notée concernant l’âge ou le sexe des chiens. Les animaux infectés asymptomatiques et les chiens préalablement traités, sont des réservoirs de parasites.

L’incubation peut varier de 2 mois à 8 ans, et les facteurs qui conduisent à l’expression clinique de la leishmaniose demeurent méconnus. Après une multiplication dans les cellules dendritiques et les macrophages cutanés, les parasites sont disséminés dans l’ensemble du corps. Les leishmanies peuvent être retrouvées dans la peau, les nœuds lymphatiques, la rate, le foie, la moelle osseuse et potentiellement dans tout tissu et organe.

Le risque principal en zone d’enzootie est en relation avec l’exposition aux piqûres de phlébotomes, l’abondance des réservoirs (dont les chiens vivant à l’extérieur, les chiens errants, les chiens adoptés provenant de refuges situés en zone d’enzootie, les chiens de chasse et sans doute les carnivores sauvages).

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Répartition géographique

La leishmaniose canine est enzootique dans le Sud de l’Europe, avec un taux de séroprévalence jusqu’à 75% dans les populations exposées.

Carte d'Europe de la zone d'enzootie de la leishmaniose du chien
La leishmaniose canine en France
 

En dehors de cette zone, de nombreux cas importés de leishmaniose canine ont été observés et traités. Quelques cas chez des chiens n’ayant jamais voyagé en zone d’enzootie ont également pu être observés. Ponctuellement, une transmission « locale » de la leishmaniose canine en dehors de la zone d’enzootie semble possible, si la pression infectieuse liée à la présence de nombreux cas « importés » est suffisante ou du fait d’une transmission verticale dans certains élevages de chiens.

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Signes cliniques

En zone d’enzootie, une grande partie des chiens infectés peut être asymptomatique. L’expression clinique de la leishmaniose canine est extrêmement variable selon la réponse immunitaire de l’hôte, de l’existence d’autres maladies, de l’ancienneté de la maladie, ou d’autres facteurs non encore connus.

Le premier signe observé, avant même la dissémination des leishmanies dans l’organisme, est en général une lésion cutanée transitoire due à la piqûre du phlébotome infectant. Les sites habituels de piqûre des phlébotomes sont la face externe du pavillon de l’oreille et le chanfrein. Ces lésions locales passent souvent inaperçues ou sont confondus avec des simples lésions de piqûre de tiques ou d’insectes. Il s’agit d’une lésion unique ou multiple, ulcérative, appelée « chancre d’inoculation »  se présentant sous l'aspect d'un ulcère à bord érythémateux. Les lésions d'inoculation peuvent persister plusieurs mois et disparaissent spontanément. Durant cette période, les chiens demeurent séronégatifs. Ultérieurement, près de 25% des chiens deviennent séropositifs, et la maladie devient patente et se généralise.

La leishmaniose générale du chien est une maladie polymorphe qui associe classiquement :

  • un état général dégradé : abattement (de plus en plus accusé avec l’évolution de la maladie), amaigrissement et cachexie, anorexie ;
  • des signes cutanés : alopécie (zones de formes et d’étendue variables), squamosis (grandes squames brillantes), ulcères (en particulier dans les zones exposées aux traumatismes : zones interdigitées ou reposant sur des saillies osseuses) ;
  • une atteinte du système des phagocytes mononucléés : poly-adénomégalie (ganglions profonds et superficiels), splénomégalie ;
  • des modifications sanguines : anémie (a)régénérative, lymphopénie, thrombopénie, hyperprotéinémie avec effondrement du rapport albumine/globulines dû à l’augmentation des gammaglobulines et visible sur le profil électrophorétique des protéines sanguines.
  • des modifications biologiques indiquant un dysfonctionnement rénal : urémie et créatininémie, hyposthénurie, protéinurie.
Leishmaniose : lésions de la truffe sur un chien
Leishmaniose canine : atteinte de l'état général
Leishmaniose canine généralisée
Leishmaniose du chien : lésions de la tête
Leishmaniose du chien : lésion articulaire
Leishmaniose canine : lésions de dermatite papuleuse
 

 

A côté de cette forme « classique », il faut noter des signes moins fréquents à l’origine de formes atypiques de diagnostic difficile :

  • une congestion et ulcères muqueux, épistaxis,
  • une uvéite bilatérale,
  • une atteinte des griffes, croissance anormale (onychogryphose),
  • atteinte de la truffe (décoloration, ulcère),
  • une atteinte articulaire et osseuse (arthrites, ostéolyse), boiteries ambulatoires,
  • une colite hémorragique,
  • des manifestations nerveuses épileptiformes,
  • une pyodermite ou une dermatose nodulaire (nodules non adhérents, non douloureux, non fistulisés, riches en parasites).

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Diagnostic

L’objectif du diagnostic est de pouvoir entreprendre un traitement précoce et d’éviter la transmission du parasite aux autres chiens et à l’homme. Dans un contexte épidémiologique et clinique évocateur, l’hypothèse de leishmaniose peut être confirmée par divers examens complémentaires constituant un faisceau de preuves non spécifiques et spécifiques :

  • Des examens biologiques non spécifiques : numération et formule sanguines, protéinémie et électrophorèse des protéines sanguines, exploration du fonctionnement rénal. En outre, ces analyses sont utiles pour préciser le pronostic et assurer le suivi de l’animal après le traitement.
  • Des examens directs révélant la présence du parasite : adénogramme (en première intention car de réalisation facile, sensibilité de l’ordre de 50-60% en particulier lors d’adénomégalie), myélogramme (sensibilité supérieure à 60% mais de réalisation plus délicate). Divers prélèvements conditionnés par le tableau clinique peuvent également révéler le parasite : biopsie cutanée (lecture difficile et peu sensible même si elle peut être améliorée par l’immunohistochimie), ponction de liquide céphalorachidien, articulaire, de nodules, de pustules, d’humeur aqueuse,…. Le sang n’est pas un tissu riche en leishmanies chez le chien. Après coloration MGG, les leishmanies se présentent comme de petits éléments (2-4 µm) ovoïdes associant systématiquement un cercle rouge (le noyau) et un petit point de même couleur (le kinétoplaste). Ces éléments sont présents dans le cytoplasme des macrophages.
    Leishmanies du chien en microscopie
  • Des examens sérologiques révélant la présence d’anticorps spécifiques (et parfois quantitativement) : immunofluorescence indirecte (IFI) et ELISA (hautes sensibilité et spécificité), tests rapides d’immunodiffusion (réalisation et lectures au chevet de l’animal et faciles, sensibilité parfois insuffisante en particulier pour les praticiens exerçant en zone d’enzootie : un « résultat négatif » ne doit pas exclure l’hypothèse). Un résultat sérologique positif ne fait que révéler la réponse immunitaire à une inoculation de parasites mais n’est pas synonyme de maladie. La méthode sérologique quantitative (par exemple l’IFI) est utile pour le suivi de l’animal, en particulier pour le dépistage de rechutes (augmentation d’au moins deux titres en anticorps).
  • La PCR, spécifique et très sensible, à partir de ponction de nœuds lymphatiques, de moelle osseuse, de liquides biologique : un résultat positif signifie la présence de matériel génétique spécifique dans le prélèvement analysé ce qui n’est pas synonyme de parasites vivants en multiplication. Le sang peut être à l’origine de faux négatifs.

C’est l’association d’arguments épidémiologiques, cliniques et parasitologiques qui permet d’établir un diagnostic de certitude et une base pronostique.

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